les catégories d'apprentissage de Bateson sont présentées par Roustang (2008-Double contrainte et niveaux d'apprentissage)


1/apprentissage essais-erreur au sein d'un système

2/ d'une prison à l'autre, l'illusion du changement, changement de contexte = changement de système

3/ il faut créer le contexte, c'est les contexte en gestation que voient les poètes

Voici ce qu'en dit Bateson (1977-Vers une écologie de l'esprit)

"Mais qu'en est-il du «renforcement» au Niveau III (chez le dauphin comme chez l'homme) ?
Si, comme je l'ai laissé entendre précédemment, l'être vivant est amené au Niveau III par des «contradictions» engendrées au Niveau II, nous pouvons nous attendre à ce que ce soit la résolution de ces contradictions qui constitue le renforcement positif au Niveau III. Cette résolution peut prendre plusieurs formes.
Parvenir au Niveau III peut être dangereux et nombreux sont ceux qui tombent en cours de route. La psychiatrie les désigne souvent par le terme de psychotiques; bon nombre d'entre eux se trouvent incapables d'employer le pronom de la première personne.
Pour d'autres, plus heureux, la résolution des contradictions peut correspondre à l'effondrement d'une bonne partie de ce qu'ils ont appris au Niveau II, révélant une simplicité où la faim conduit immédiatement au manger et le soi identifié n'a plus la charge d'organiser le comportement: ce sont les innocents incorruptibles de ce monde.
A d'autres encore, plus créatifs, la résolution des contradictions révèle un monde où l'identité personnelle se fond avec tous les processus relationnels, en une vaste écologie ou esthétique d'interaction cosmique. Que certains d'entre eux survivent, cela peut paraître plutôt miraculeux; c'est peut-être le fait de se laisser absorber par les petits détails de la vie qui les sauve du flot dévastateur de ce sentiment océanique. Chaque détail de l'univers est perçu comme proposant une vue de l'ensemble. C'est sans doute pour ceux-ci que Blake a écrit son fameux conseil, dans «Augures de l'Innocence»:

Voir le monde dans un grain de sable,
Et un ciel dans une fleur sauvage,
Tenir l'infini dans le creux de ta main,
Et l'éternité dans une heure."

Ces trois niveaux ont inspiré Favereau (1982 - le RCB entre deux paradigmes), repris par Ribaut (1994- Les enjeux identitaires du rayonnement par l'information : le cas du Japon)

"1/L'efficience adaptative vaut pour des décisions réversibles, c'est-à-dire pour des choix dans un domaine de choix qui n'engagent pas l'avenir autrement que par leurs résultats, ces résultats s'appréciant en termes de coûts et de bénéfices. Dans ce contexte, le choix d'un projet relève d'une efficience qui peut être qualifiée d'adaptative, car elle résulte bien d'une meilleure adaptation de l'organisation à son environnement.

2/ L'efficience structurelle vaut pour les décisions irréversibles : il s'agit d'un choix de domaine de choix, en ce sens qu'après la décision, l'ensemble des possibilités est durablement affecté, et ce, indépendamment des résultats. Les critères retenus pour évaluer les coûts et bénéfices deviennent moins aisément quantifiables : ce sont par exemple les critères autour desquels s'établit un consensus pour juger la stratégie de croissance d'une firme ou la trajectoire historique d'une collectivité. L'efficience est qualifiée de structurelle car elle résulte d'une articulation différente entre l'organisation et son environnement. L'organisation prend du poids dans la dynamique d'ensemble de l'environnement. Par exemple, la hausse de la productivité du travail dans les firmes est le détour qu'empruntent les individus pour élever leur niveau de vie.

3/Enfin, l'efficience patrimoniale vaut pour les décisions identitaires. Elle touche de près aux questions d'identité individuelle et /ou collective. Un domaine de domaines de choix est une façon abstraite, mais opératoire, de caractériser l'identité (individuelle ou collective) d'un agent (individu ou collectivité).

Les gains d'efficience recherchés à travers les trois types de décision, résultent de formes d'apprentissage organisationnel différentes :

- un apprentissage par répétition programmable pour les décisions récurrentes où l'identité du décideur n'est en aucune façon affectée.

- un apprentissage par innovations discontinues valable pour les décisions stratégiques où l'identité du décideur est affectée mais pas au point de remettre en cause l'illusion féconde du décideur responsable de la qualité de sa décision.

- un apprentissage par redéfinition de soi valable pour les décisions fondamentales ou fondatrices touchant au lien social, c'est-à-dire à la structure du réseau d'interactions sociales dans lequel s'insère et se juge la décision. Non seulement l'identité du décideur est affectée par la décision, mais la qualité de la décision se mesure à la transformation de cette identité (exemple : l'alcoolique qui veut ne plus être alcoolique, la firme qui veut modifier le style de ses rapports sociaux internes, l'administration qui veut changer la nature de son rôle dans la société)."

les trois types de choix d'après Favereau (Ribaut,1994)

"les projets d'ordre identitaire sont de nouvelles versions du contrat social en miniature. Le type de risque pertinent pour ces projets est le risque de longue période".
" Chaque fois qu'il s'agit sinon d'effacer une frontière entre un système et son environnement (pour créer une entité plus vaste), du moins de traverser, de travailler, de transformer cette frontière pour régénérer inséparablement le système et son environnement, chaque fois qu'il s'agit de reconnaître le lien entre une identité individuelle et une identité collective, il s'agit d'un travail de recomposition d'une communauté dans les trois cas". (FAVEREAU, 1982).

Bateson (1977) dit " la résolution des contradictions révèle un monde où l'identité personnelle se fond avec tous les processus relationnels, en une vaste écologie ou esthétique d'interaction cosmique."

N'est-ce pas cette éthique d'une citoyenneté mondiale ou cosmique qui offre un contexte sur lequel s'appuient celles et ceux qui orientent la destinée humaine ?