Un exemple d’application de la loi-programme recherche du 18 avril 2006 :
la création de  "
l’Université Européenne de Bretagne"

 

Maurice Baslé, Université de Rennes 1

Guy Cathelineau, Université de Rennes 1,

 

 

La France suit la voie européenne.

La déclaration de Glasgow 2005 de l’European University Association  et les résultats de la conférence de Liège d'avril 2004 (initiative de la Commission européenne) ont engagé les Universités européennes à innover dans l'organisation de la recherche et de l'enseignement supérieur. Suivant ces incitations, côté recherche, la loi de programme du 18 avril 2006 pour la recherche, a créé plusieurs outils nouveaux pour développer l’activité recherche, se préparer à utiliser des budgets plus importants dans les années à venir et renforcer sa visibilité en France et à l’international.

 La loi-programme promulguée en avril et sa ligne budgétaire spécifique 2006 ont permis de lancer un appel d’offres pour créer deux outils complémentaires : les RTRA (réseaux thématiques de recherche avancée) et les PRES (pôles de recherche et d’enseignement supérieur).

 On a donc pu voir douze initiatives de RTRA prendre leur envol en octobre 2006 (avec malheureusement aucun heureux élu en Bretagne malgré deux projets défendus brillamment l’un autour des télécoms et l’autre autour de la mer).

Dans le grand ouest français, le seul dossier de PRES qui ait été présenté et déposé au ministre Goulard dans l’attente de sa labellisation en 2006 est celui de l’Université Européenne de Bretagne (UEB). . Avec les PRES, il s’agit pour  Universités, grandes écoles, CHU, organismes de recherche et partenaires de la recherche (collectivités territoriales, entreprises, associations) la possibilité de coopérer vraiment étroitement dans un nouvel établissement public d’un type nouveau, (sorte de filiale dite EPCS pour établissement public de coopération scientifique. ).

 

Des établissements de coopération scientifique d’un type nouveau 

Ce type d’établissement s’inspire des modèles étrangers d’Universités basées sur la recherche  (recherche, doctorat, master recherche), ou encore du concept de Research School que l’on trouve en Europe du Nord. Il permet une double alliance : celle des établissements (Universités et écoles, compensant le dualisme français) et celle de  trois activités concourantes : la recherche (dispersée en de très nombreux organismes, dans les universités et dans les écoles), le doctorat à visibilité internationale (distribué dans les écoles doctorales des Universités) et la valorisation de la recherche (innovation, brevets, licences, concours scientifiques avec des entreprises) dispersée dans des structures ad hoc, souvent très appropriées mais aussi disparates. La coopération scientifique constitue en soi une valeur ajoutée réelle en procurant la lisibilité, les synergies entre activités et la masse critique.

 

La Bretagne « région de la connaissance ».

En région Bretagne, l'attractivité renforcée par cette lisibilité est seule capable, pour une région qui n'est pas comparable en poids recherche à l'Ile de France ou même à Rhône-Alpes, de résister aux délocalisations hors région de l'emploi de la recherche que pourrait entraîner une trop grande dispersion. Dans une région riche de cet emploi jusqu'à présent (13000 emplois au titre de la dépense intérieure de Recherche-Développement en Bretagne) mais où la dispersion entre universités, écoles, organismes trop nombreux commence à être nuisible à la reconnaissance, le PRES "Université Européenne Bretagne" se donne pour objectif de contribuer à une région européenne de la recherche et au-delà, avec un enseignement supérieur de qualité et une académie qualifiée d'"académie de la réussite", entend consolider la Bretagne comme "région de la connaissance" au sein du concert européen de la recherche et de l'enseignement supérieur. Le sigle déposé signale la qualité internationale de l’établissement public créé ainsi à l’ouest de l’Europe.

Des activités orientées à l’international

Le nouvel EPCS (établissement public de coopération scientifique) en Bretagne sera l’interlocuteur  des autorités officielles nationales, régionales et locales pour la coordination, la stratégie et le suivi de la recherche publique et pour les activités associées sur des sites ou dans des régions données (Bretagne, Alsace, Paris-Sud, Aix-Marseille etc.).

 Plus précisément, l’Université Européenne de Bretagne accueillera les activités suivantes :

 

-       une signature commune de recherche (par une procédure automatisée et basée sur le volontariat des chercheurs publiant, quel que soit leur laboratoire labellisé  et leur discipline de base)

-       l’ingénierie de la valorisation de la recherche et un engagement en faveur d’outils et de réseaux partagés pour la valorisation des brevets, licences etc… (avec le renforcement de l’outil existant Bretagne Valorisation et la recherche du maximum de retombées locales, les brevets faisant l’emploi local de demain dans les technopoles bretonnes)

-       le soutien au développement de plateformes d’appui à la recherche et à l’enseignement supérieur (comme les futurs réseaux thématiques ou la Maison des Sciences de l’homme en Bretagne)

-       la création d’un collège doctoral international avec de nouveaux moyens des collectivités territoriales pour attirer les meilleurs doctorants ou post-doctorants dans les villes universitaires

-       la promotion internationale et la contribution à la société européenne de l’information (ressources numériques en ligne, enseignement et recherche à distance etc…)

 

Fondateurs et associés dans un partenariat plus étroit que jamais

Les membres fondateurs de la « filiale » Université européenne de Bretagne sont par ordre décroissant de poids dans la filiale l’Université de Rennes 1 qui est chef de file du groupement avec deux « sherpas du projet » Maurice Baslé et Guy Cathelineau et qui a voté favorablement dès le 22 novembre, l’Université de Bretagne Occidentale (qui a voté le 21 décembre) et l’Université de Rennes 2 Haute Bretagne (qui a voté le 15 décembre) , l’Université de Bretagne Sud (qui a voté le 21 décembre), l’AgroCampus de Rennes (qui avait  déjà voté), l’ENS Cachan (vote du 4 décembre), l’ENS Telecoms Bretagne et l’INSA de Rennes. Aspire aussi à faire partie de ces fondateurs l’Ecole Nationale supérieure de chimie de Rennes qui participe à la plupart des activités de l’UEB.  Sont membres associés les CHU de Rennes et de Brest, le CRLCC (centre régional de recherche contre le cancer), les grands organismes de recherche associés en Bretagne (INRIA, INRA, CNRS, INSERM, IFREMER, l’AFSSA,), l’Ecole nationale de la statistique et de l’information (INSEE), l’ENSIETA, Supelec antenne de Rennes, l’Ecole des Hautes études en Santé publique (créée tout récemment), l’Ecole nationale d’ingénieurs de Brest ENIB, l’IEP de Rennes Sciences Po), l’Ecole supérieure militaire de St CYR, l’Ecole Navale, l’IUFM de Bretagne et l’Université de Paris 6 (150 chercheurs à Roscoff). Tous font de la recherche, tous ne délivrent pas le doctorat, mais tous apportent des appuis sur la signature commune, l’insertion dans la société européenne de l’information, la valorisation et seront présents sur projets avec des conventions de coopération.

La coopération est appelée à s’élargir à d’autres domaines d’excellence de la recherche et de l’enseignement supérieur.  Cette coopération n'exclut cependant pas la poursuite des activités conduites par l’association appelée Université de Bretagne et par le RUOA, non redondantes avec les missions du PRES ou des regroupements d’établissements. Pour les activités qui relèvent de l’Europôle Universitaire de Rennes et qui font l’objet d’une contractualisation avec le ministère, les collectivités et les membres fondateurs et associés, il est prévu un processus de division en deux activités : l’une, d’échelle régionale (périmètre du PRES) immédiatement transférable à l’UEB qui concernerait la promotion internationale (centre européen de mobilité, dispositif d’ingénierie à l’échelle régionale), l’autre propre au site de Rennes pour laquelle la prorogation du Groupement actuel sera demandée pour une durée limitée.

 

Des financements nouveaux

Le groupement constitutif du PRES créé le 1er Septembre 2006 s’est prononcé pour la création d’un Etablissement Public de Coopération  Scientifique le 24 Novembre 2006..

La contractualisation de quatre ans qui sera obtenue en début 2007 est assortie de crédits d'Etat supplémentaires (ils existent sur une ligne spéciale au ministère), d’apports de fonds européens (à l'étude actuellement au SGAR Bretagne sous forme de fonds FEDER), des apports des membres fondateurs (certains contribuent déjà aux activités communes), des apports des associés (sur les activités obligatoires ou choisies par eux), ceux des partenaires associés (organismes de recherche qui pourront conventionner avec l’UEB), et des engagements forts des collectivités territoriales, Région, Conseils généraux et métropoles qui doivent plus que jamais  redoubler d’efforts sur cette priorité stratégique qui l’emporte sur toutes les autres aujourd’hui la recherche-développement et l’innovation pour que la Bretagne sorte en tête d’une compétition croissante entre les villes et les régions de la recherche et du doctorat dans l’Union Européenne.

 

Question : quelle urgence pour Rennes, Brest, Lorient, Lannion, Vannes et la Bretagne?

Réponse : urgence numéro un.

Les autorités officielles sont souvent « le nez dans le guidon », il y a toujours à courir plusieurs lièvres à la fois (transport, logement pour une ville par exemple). Mais, sans innovation de type UEB au titre de la loi-programme recherche, si il n’y avait rien à l’Ouest d’une ligne Lille Bordeaux en la matière, le grand Ouest devrait se contenter dès aujourd’hui de régresser, nos villes et notre région perdraient ses atouts actuels. Elles tendraient à devenir comme plusieurs autres une aire « d’accompagnement » de l’Ile de France au titre de l’innovation et de la recherche (ce qui serait une régression par rapport à la situation actuelle dans certaines disciplines au moins). Nos  Universités et Ecoles, nos CHU et nos laboratoires subiraient les restructurations en cours.

 Nos Universités sans doctorat international visible se replieraient vers une autre mission certes très importante mais pas suffisante, la seule professionnalisation de l’enseignement supérieur avec des licences professionnelles et des masters professionnels mais alors adieu doctorats, adieu labos, et adieu les nouveaux emplois de chercheurs. Nous porterions nos matières grises vers d’autres sièges sociaux plus lointains de la recherche publique et de la recherche- développement !